1381 – En exclusif avec le Père Dwi : « La mission montfortaine se construit ensemble »


En exclusif avec le Père Dwi : « La mission montfortaine se construit ensemble »

À l’occasion de sa visite en France, le Père Yoseph Putra Dwi Darma Watun, SMM, Supérieur général des Missionnaires Montfortains, a accordé un entretien dans lequel il partage sa vision de la mission aujourd’hui. Fidélité au charisme, évangélisation, internationalité, place des laïcs et confiance en Dieu : autant de dimensions qui, pour lui, doivent être vécues ensemble dans un même esprit missionnaire.

 

Une mission enracinée dans l’identité montfortaine

Pour le Père Dwi, la mission des Missionnaires Montfortains ne peut être pensée indépendamment de leur identité propre. Il revient ainsi à plusieurs reprises sur la vision portée par le Chapitre général :

« Osons prendre le risque pour Dieu et pour l’humanité dans la fidélité créatrice. »

Cette expression résume, selon lui, une tension féconde : rester fidèle à l’héritage reçu de Saint Louis-Marie de Montfort tout en étant capable de répondre avec créativité aux réalités nouvelles de l’Église et du monde.

Il insiste notamment sur plusieurs dimensions essentielles : l’identité montfortaine, l’évangélisation, la transmission du charisme et la formation permanente. La mission ne consiste pas seulement à « faire » des activités pastorales, mais à se laisser continuellement former afin que la vie elle-même devienne témoignage.

Dans ce cheminement, Marie occupe une place centrale.

« Marie, notre Mère, pour nous Montfortains, ce n’est pas accidentel. Elle fait partie de notre cheminement. Elle est toujours là pour nous accompagner et aussi nous former. »

Pour le Supérieur général, cette dimension mariale ne doit pas être comprise comme un élément secondaire ou décoratif de la spiritualité montfortaine. Elle est une manière de vivre la suite du Christ, de se laisser former intérieurement et de porter l’Évangile dans la vie quotidienne.

La question de la transmission est également au cœur de sa réflexion. Il invite les Montfortains à redécouvrir la conviction que leur spiritualité et leur charisme constituent une richesse non seulement pour la Congrégation, mais aussi pour l’Église et pour l’humanité.

 

Des signes d’espérance, mais aussi de nouveaux défis

Interrogé sur ce qui lui donne aujourd’hui de l’espérance, le Père Dwi évoque d’abord la présence de jeunes confrères venus d’autres pays. Pour lui, leur présence ne doit pas être comprise uniquement comme une manière d’assurer la continuité des communautés. Elle est aussi une occasion de renouvellement, de transmission et d’ouverture.

Il se réjouit également de voir des jeunes, des couples et des laïcs s’intéresser à la spiritualité montfortaine et prendre part à la mission.

« Il y a des jeunes qui sont vraiment inspirés pour nous connaître », souligne-t-il.

Mais cette espérance s’accompagne de défis très concrets. L’un des principaux concerne l’internationalité croissante des communautés. La présence de confrères issus de cultures différentes constitue une véritable richesse, mais elle demande aussi un apprentissage mutuel.

Les communautés qui accueillent doivent être capables de reconnaître ce que les nouveaux confrères apportent avec leur culture, leur expérience et leur manière de vivre la mission. De leur côté, ceux qui arrivent sont appelés à découvrir la culture française, son histoire, ses sensibilités et ses réalités pastorales.

Le Père Dwi parle ici d’un véritable esprit de complémentarité. « Pas facile, mais possible », résume-t-il.

La vie communautaire devient alors, en elle-même, un témoignage missionnaire : montrer qu’il est possible de vivre ensemble, de prier ensemble et de servir ensemble malgré les différences. Cette fraternité vécue peut également devenir, selon lui, un signe pour les jeunes qui cherchent leur place dans l’Église et qui se demandent encore si une vie consacrée et fraternelle est possible aujourd’hui.

 

Laïcs et religieux : dépasser une collaboration simplement fonctionnelle

La place des laïcs occupe une part importante de l’entretien.

Le Père Dwi tient à distinguer deux manières de comprendre leur présence dans la mission. La première serait purement « fonctionnelle » : faire appel aux laïcs parce qu’il manque des personnes, des prêtres ou des moyens.

Pour lui, cela ne suffit pas.

« La place des laïcs est très importante, elle fait partie de notre mission. »

La relation doit aller plus loin et être fondée sur la complémentarité.

La spiritualité montfortaine peut nourrir la vocation chrétienne des laïcs, leur vie familiale, professionnelle et ecclésiale. Mais les laïcs, eux aussi, enrichissent la mission montfortaine par leur expérience, leurs charismes et leur présence dans le monde.

Cette collaboration ne vise donc pas seulement le fonctionnement de la Congrégation. Elle est ordonnée à une mission plus large : celle de l’Église.

Le Père Dwi rappelle que cette manière de travailler ensemble est profondément enracinée dans l’esprit de Saint Louis-Marie de Montfort. Le fondateur associait déjà les laïcs à ses missions et entretenait avec eux des liens durables.

Dans cette perspective, les fraternités montfortaines, les groupes de laïcs associés et les différentes formes d’engagement ne sont pas seulement des structures périphériques. Ils participent pleinement à la transmission du charisme.

 

« Toujours faire confiance à Dieu »

Au terme de l’entretien, une question plus personnelle est posée au Père Dwi : après toutes ces années de vie montfortaine, qu’est-ce qui continue à le toucher dans la figure de Saint Louis-Marie de Montfort ?

Sa réponse est immédiate :

« Toujours faire confiance à Dieu. »

Il évoque alors la fidélité de Montfort au milieu des difficultés, des incompréhensions, des refus et des épreuves.

Pour le Supérieur général, cette confiance ne peut être séparée de l’humilité.

« C’est ce que j’aimerais aussi développer en moi : toujours faire confiance à Dieu et être humble devant Dieu et devant les autres. »

Cette attitude rejoint également sa manière de comprendre la place de Marie dans la spiritualité montfortaine.

Il souligne qu’elle ne doit pas être seulement « objet de dévotion », mais qu’il faut aussi chercher à incarner ses attitudes et ses vertus dans la vie concrète : dans la communauté, dans la famille, dans les relations avec les laïcs et dans la mission.

Son message final à la famille montfortaine est ainsi marqué par l’espérance et la persévérance :

« Ne désespérez pas. Continuons ensemble, travaillons ensemble pour le Royaume de Dieu. »

À travers ces mots, le Père Dwi invite à ne pas opposer fidélité et nouveauté, religieux et laïcs, héritage et mission. La spiritualité montfortaine est appelée à continuer de vivre précisément là où ces réalités se rencontrent : dans une fidélité créatrice, dans la complémentarité et dans une confiance renouvelée en Dieu.

SMM Communication / France

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