Entretien avec le Père Gerald Desire SMM : jeune diplômé en safeguarding
ROME, Italie – Après avoir terminé sa spécialisation en protection de l’enfance à l’Université pontificale grégorienne (PUG) de Rome, le Père Gerald Desire SMM s’apprête à retourner dans son établissement d’origine. Le Père Jailos Augustine Mpina, SMM, l’a rencontré pour un entretien. Extraits :
Pourriez-vous nous parler brièvement de votre parcours ? Quel était le but de votre venue à Rome ?
Je m’appelle Desire Gerald ; je suis prêtre missionnaire montfortain et je viens de Madagascar. Avant de venir à Rome, j’exercais mon ministère comme vicaire paroissial à Tamatave (Sacré-Cœur).
La Congrégation m’a envoyé à Rome pour suivre une spécialisation en safeguarding à l’Institut d’anthropologie – Interdisciplinary Studies on Human Dignity and Care (IADC) de l’Univer-sité pontificale grégorienne. Plus tôt, j’ai également eu la grâce de participer à une année de formation à l’AFRN (Année de formation pour les Responsables des novices) en France. Cette formation est axée sur l’accompagnement des personnes et sur la responsabilité au sein de la formation religieuse.
Ces différentes expériences se complètent très bien : l’AFRN m’a apporté une solide formation humaine et spirituelle, tandis que mes études à Rome m’ont permis d’approfondir les dimensions théoriques et pratiques de safeguarding.
Quel est le sujet de votre thèse ?
Le titre de mon mémoire est : « Défis culturels pour la protection des personnes dans la dynamique de formation au séminaire montfortain de Madagascar »
Dans cette recherche, j’ai souhaité explorer une question importante : comment promouvoir une véritable culture de la protection dans le contexte de la formation montfortaine à Madagascar ?
À cette fin, j’ai analysé certains éléments de la culture malgache afin de démontrer que, s’ils constituent une grande source de richesse, ils peuvent aussi, dans certaines situations, être mal interprétés ou utilisés de manière à faciliter des abus de pouvoir ou d’autres formes d’abus. Sur la base de cette analyse, j’ai proposé des pratiques concrètes de protection adaptées à notre contexte culturel et inspirées du charisme montfortain, afin que nos maisons de formation deviennent des lieux toujours plus sûrs, plus fraternels et plus respectueux de la dignité de chaque personne.
Félicitations pour l’obtention de votre diplôme avec mention très bien ! Quelles ont été vos impressions à Rome ? Qu’en est-il de la vie communautaire, des études universitaires, des langues, etc. ?
Ces deux années passées à Rome ont été une expérience très enrichissante, tant sur le plan académique que personnel.
Je garde de très beaux souvenirs de la vie en communauté. Pour moi, la communauté a toujours été une source d’énergie, d’encouragement et de motivation. Les moments simples que nous avons partagés – un repas, une partie d’UNO, une pizza ou une glace, ou simplement discuter après une journée d’études – ont contribué à créer un véritable esprit de fraternité. Ce sont souvent ces moments ordinaires qui apportent le plus grand soutien dans un parcours exigeant. Le cursus était très intensif et demandait beaucoup de travail, mais cet esprit de fraternité a facilité les choses.
La langue a certainement été l’un des premiers défis. Au début, j’ai dû apprendre à parler anglais pour mes études et italien pour la vie quotidienne, car je venais d’un milieu principalement francophone. Cela m’a demandé beaucoup d’efforts. Mais j’ai aussi découvert qu’il n’était pas nécessaire de tout maîtriser avant d’aller de l’avant. Grâce à la patience de mes professeurs, de mes camarades et de mes amis, j’ai progressivement pris confiance en moi.
De quels avantages votre entité bénéficiera-t-elle de vos études ? Où comptez-vous exercer vos fonctions immédiatement après votre arrivée ?
Tout d’abord, je rends grâce à Dieu et à la Congrégation pour la confiance qu’ils m’ont témoignée en me permettant de suivre cette formation.
Je souhaite désormais mettre les connaissances, les compétences et l’expérience que j’ai acquises au service de ma province et de la Congrégation.
Pour moi, Safeguarding ne se résume pas à la mise en place de procédures. Il s’agit avant tout d’une manière de promouvoir des relations saines, l’exercice responsable de l’autorité et une culture du respect de la dignité humaine.
J’espère pouvoir contribuer, aux côtés de mes confrères, à sensibiliser nos communautés, à élaborer ou à améliorer les politiques de protection lorsque cela s’avère nécessaire, et à soutenir les initiatives qui contribueront à créer des environnements toujours plus sûrs. À mon retour, je me réjouis de mener à bien la mission que mes supérieurs me confieront, dans le but de mettre ces nouvelles connaissances au service des besoins concrets de la province.
En tant que Compagnie de Marie, nous avons des normes de protection, un bureau de protection et une commission. Chaque membre de la congrégation signe la politique de protection au sein de son entité afin que nous soyons vigilants, bienveillants et proactifs dans la création d’environnements sûrs où chacun, en particulier les enfants et les adultes vulnérables, se sente en sécurité, valorisé et autonome. Êtes-vous satisfait(e) de ces mesures, politiques et procédures ? Y a-t-il des points à améliorer ? Des recommandations ?
Je me réjouis de constater que la Compagnie de Marie a déjà accompli de réels progrès dans le domaine de la protection des personnes.
Nous disposons désormais d’un responsable du safeguarding au niveau du Généralat, d’une commission internationale et de politiques de protection qui sont progressivement mises en œuvre au sein des différentes entités. Il s’agit là d’un engagement significatif qui témoigne de notre détermination à promouvoir des environnements sûrs et respectueux pour tous.
Je crois cependant que le safeguarding est un processus continu. Il ne s’agit pas simplement de disposer de politiques ou de documents, mais de continuer à former les personnes, à sensibiliser les communautés et à favoriser une véritable culture de la protection.
Je pense que nous sommes déjà bien engagés dans cette voie, et c’est encourageant. Comme tout processus de transformation institutionnelle, cela demande du temps, de la persévérance et l’engagement de toutes les personnes concernées.
Je tiens également à souligner que, bien que le terme « safeguarding» soit relativement récent pour certains parmi nous, son esprit n’est pas nouveau pour les Montfortains. Saint Louis-Marie de Montfort nous a toujours appelés à nous tenir aux côtés des pauvres, des petits et des plus vulnérables. La protection s’inscrit donc profondément dans notre charisme.
Notre défi aujourd’hui consiste à mettre cette vision spirituelle en pratique de manière concrète, en l’adaptant aux réalités culturelles, ecclésiales et juridiques de chaque pays où nous sommes présents.
Quels conseils donneriez-vous aux Montfortains qui viennent étudier à Rome ?
Je leur dirais de venir avec un esprit ouvert et l’envie d’apprendre.
Étudier à Rome est une expérience exigeante. Il y aura certainement des défis à relever
: la langue, l’emploi du temps universitaire, le fait d’être loin de chez soi ou encore l’adaptation à une nouvelle culture. Cependant, il ne faut pas avoir peur de ces défis. Ils font partie du processus de formation et aident à grandir.
Je leur conseillerais également de ne pas se limiter à leurs études. La vie en communauté, les rencontres avec des camarades de classe de différents pays, la découverte de nouvelles cultures et les expériences pastorales constituent également une source extraordinaire d’enrichissement.
Enfin, je les encouragerais à toujours garder à l’esprit que ces études ne sont pas, avant tout, un projet personnel. Il s’agit d’une mission qui leur est confiée par la Congrégation. C’est pourquoi il est important d’aborder cette période avec un sens des responsabilités, de l’humilité et de la gratitude, afin que tout ce que l’on reçoit puisse ensuite être mis au service de sa province, de la Congrégation et de l’Église.
Quels sont vos loisirs (ce que vous aimez faire pendant votre temps libre) et votre plat préféré ?
Quand j’ai le temps, j’aime particulièrement faire du sport. J’aime aller courir quelques kilomètres ou simplement faire une longue promenade. C’est un moment où je peux me détendre, réfléchir et recharger mes « batteries ». J’aime aussi faire un peu de musculation ou une séance d’entraînement pour rester en bonne forme physique.
Côté cuisine, je dois dire que j’ai vraiment apprécié les plats italiens pendant mon séjour à Rome. Pour être honnête, j’ai du mal à choisir un seul plat préféré, car j’ai trouvé la cuisine italienne absolument délicieuse. J’en ai profité à fond pendant ces deux années (rires).
P. Jailos Augustine MPINA SMM
Communications – Roma
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